Chers internautes, marins, passionnés de la mer,
Cette lettre du préfet maritime est pour moi une occasion
régulière de vous faire part de réflexions sur des sujets maritimes
et l’action de l’Etat en mer.
La mer est un espace où s’exercent des activités importantes,
voire vitales. Ces activités s’exercent dans un milieu qu’il
convient de préserver des atteintes environnementales afin d’aller
dans le sens du développement durable.
Pour cette lettre d’ouverture de la saison estivale 2008, j’ai
souhaité aborder trois sujets liés à ces activités et à la
gestion des risques : la recherche et la répression des infractions
relatives aux rejets illicites en mer, la préparation à la lutte
contre les pollutions accidentelles et le lancement de la campagne
de sécurité des loisirs nautiques.
En premier lieu, la recherche et la répression des infractions
relatives aux rejets illicites en mer.
Le nombre d’observations confirmées de pollutions en Manche et
mer du Nord est de 25 pour l’année 2007. C’est le plus faible
nombre d’observations enregistré dans cette zone très fréquentée.
Une tendance à la diminution des infractions, amorcée au cours des
deux années précédentes, semble se confirmer.
La résonance médiatique sur les déroutements de navires
pollueurs pris en infraction, les condamnations judiciaires
prononcées, l’optimisation de la surveillance ainsi que la
réalisation d’opérations internationales type « coup de
poing », opèrent une dissuasion remarquée et efficace.
La surveillance par satellite, fournie par l’Agence européenne
de sécurité maritime à Lisbonne, a permis par ailleurs de compléter
l’action des moyens nautiques et aériens des administrations de
l’Etat. En 2007, près de 90 passages de satellites sont venus
soutenir et enrichir cet important travail de surveillance de nos
eaux.
L’efficacité de l’identification formelle des auteurs de rejets
illicites devrait donc s’accroître encore, grâce au croisement des
résultats des observations faites par le satellite avec d’autres
informations récoltées sur des pistes radar ou à partir des
systèmes d’identification et de suivi des navires en mer.
Il faut également noter la mise en service de nouveaux
hélicoptères au sein des Douanes, tous dotés d’une caméra
infrarouge pour les missions de nuit.
Enfin, la réalité physique de la zone maritime, longue et
étroite, et les liens existants dans le cadre du Manche plan et de
l’Accord de Bonn nous conduisent à une forte coopération
internationale dans ce domaine avec les pays riverains. Elle nous
impose aussi une très grande réactivité tant dans la détection que
dans le traitement des pollutions.
La préparation à la lutte contre les pollutions accidentelles
ensuite.
D’importants efforts ont été réalisés ces
dernières années pour aller d’une part dans le sens de
l’amélioration du niveau de sécurité pour les équipages, les
passagers, les marchandises transportées, les navires, et d’autre
part dans le sens de la réduction des risques pour le milieu marin
et les activités côtières.
Mais la France, qui a modernisé ses moyens spécialisés pour être
en mesure d’apporter la meilleure réponse publique dans la
prévention et la gestion d’un événement accidentel, en limitant ses
conséquences en mer et sur le littoral, reste exposée aux risques
inhérents du trafic maritime qui longe ses côtes.
La responsabilité de la lutte contre les pollutions
accidentelles en mer est confiée à la marine nationale qui élabore
la politique générale dans ce domaine. L’anticipation,
l’entraînement régulier des navires récupérateurs affrétés par la
marine ou privés, leur guidage par des aéronefs, le suivi des
pollutions, les prévisions de dérive, la mobilisation
internationale, l’appui des experts pour l’analyse des risques, le
soutien logistique du dispositif de lutte mis en place par le
préfet maritime et la coordination avec les services de l’Etat à
terre sont les éléments clefs de l’efficacité de l’action en
mer.
C’est à ce titre que la préfecture maritime de la Manche et de
la mer du Nord vient d’organiser un exercice de lutte antipollution
au large de Barfleur (Manche). Le thème était orienté sur
l’assistance à un pétrolier en difficulté, nécessitant l’activation
d’une cellule de crise, l’intervention d’une équipe d’évaluation,
l’utilisation de la procédure « lieu de refuge » et la
mise en œuvre de différents moyens de lutte antipollution. Des
navires d’Etat ont été déployés depuis la base navale de Cherbourg.
La volonté de renforcer et de diversifier les moyens de lutte a
conduit la préfecture maritime à rechercher la contribution d’un
chalutier et la participation, pour la première fois en Manche, de
« l’Ile de Bréhat », navire affrété par l’agence
européenne de sécurité maritime.
Enfin, la bonne gestion d’un accident maritime suppose une
coopération étroite et indispensable entre autorités maritimes et
terrestres. C’est dans cet esprit que la cellule de crise de la
préfecture maritime a pu travailler avec la préfecture de zone de
défense, le service interministériel de défense et de protection
civile du département de la Manche (SIDPC 50), un armateur, le
CROSS Jobourg, maillon essentiel de détection et de coordination,
et le sémaphore de Barfleur.
Je souhaitais conclure cette lettre du préfet maritime par un
sujet d’actualité, avec le lancement de la campagne nationale de
sécurité des loisirs nautiques, au moment ou de nombreux vacanciers
vont se rendre sur notre façade maritime et profiter des plaisirs
et des loisirs de la mer.
Comme l’an dernier, je vous invite à la prudence et à rester à
l’écoute des grands messages qui seront diffusés notamment par le
ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et
de l’aménagement du territoire et le ministère de la santé, de la
jeunesse, des sports et de la vie associative. Plusieurs organismes
vont s’associer à cette campagne dont la Société nationale de
sauvetage en mer, qui a toujours besoin de vos dons, ainsi que les
administrations de l’Etat dont le service hydrographique et
océanographique de la marine. Outre les actions de prévention, les
opérations de contrôle qui seront menées sur les quais et en mer,
la préfecture maritime relaiera également vers la presse et sur son
site internet les messages de prudence sur les activités de
plongée, de baignade et de nautisme. Plus de 1700 contrôles ont été
réalisés en 2007 et près de 400 procès-verbaux ont été dressés pour
des comportements dangereux. Il y a encore trop d’infractions liées
au matériel de sécurité, à une vitesse excessive, au défaut de
titre de conduite et trop d’imprudence dans les activés de plongée,
de baignade, trop d’insouciance dans la pratique du nautisme.
Chers internautes, capitaines de navires, marins, passionnés de
la mer, la prévention a toujours été la meilleure recette contre la
fatalité. La protection de notre environnement et la sauvegarde de
la vie humaine en mer doivent être l’affaire et la responsabilité
de tous, deux préoccupations majeures que nous devons partager pour
poursuivre ensemble notre marche vers plus de sécurité.
Très bonnes vacances à toutes et à tous.
Contre-amiral Philippe Périssé
Préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord