Point de situation sur le traitement du
chimiquier Ece
(naufrage du 1er février
2006)
En réponse à la mise en demeure faite par le
préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord et les autorités
britanniques pour faire cesser les menaces que représentait le
chimiquier " ECE " vis à vis de l’environnement,
l’armateur du navire (société turque Aksay Denizcilik Ticaret AS) a
lancé un appel d’offres international au mois de juin dernier
auprès de sociétés spécialisées dans les chantiers sous-marins pour
l’exécution des travaux prévus à sa charge :
- pompage des hydrocarbures situés à l’arrière du navire ;
il s’agit de fuel lourd (IFO 180) et d’huiles de lubrification
considérés comme des polluants au caractère persistant ;
- libération contrôlée et programmée de l’acide phosphorique que
contient le chimiquier.
Le chantier sera conduit par la société
" Dronik maritime consultants Ltd " dans les jours qui
viennent. Cette société avait conduit l’opération d’inspection
détaillée du navire après son naufrage le 1er février
dernier, pour le compte de l’armateur.
Pour ce chantier, " Dronik " disposera
d’une barge spécialisée dans les travaux sous-marins, le
" NORMA " (82 mètres de long), ainsi que d’un navire de
soutien et de dépollution, le " BLUE CASTOR " (47 mètres
de long). Cette entreprise mettra en œuvre les prescriptions de
sécurité approuvées par la préfecture maritime de la Manche et de
la mer du Nord ainsi que par les autorités britanniques.
La barge " NORMA " est notamment
intervenue sur l’épave du " TRICOLOR " en 2003.
Lieu et calendrier du chantier :
Le chantier du chimiquier " ECE " sera
situé dans les eaux internationales à 16 milles (30 km) à l’ouest
de l’entrée de la voie montante du Dispositif de Séparation du
Trafic des Casquets. L’" ECE " repose sur son flanc
bâbord par 70 mètres de fond depuis le 1er février
dernier. Le " NORMA " et le " BLUE CASTOR "
appareilleront du port de Zeebrugge le 25 août pour se rendre sur
la zone du chantier. Celui-ci aura une durée de 10 à 13 jours,
l’avancée des travaux sous-marins étant principalement soumise aux
conditions météorologiques et océanographiques sur zone.
Le mode opératoire sera le
suivant :
Les autorités françaises et britanniques ont
exigé que les opérations soient conduites avec le maximum de
précautions vis à vis de l’environnement, des intervenants, des
navires en transit dans la zone ou en activité.
Pour les hydrocarbures (IFO 180 et
lubrifiants)
Les polluants (hydrocarbures) seront
pompés : les lubrifiants stockés dans les caisses N° 21 à 24
seront enlevés ainsi que la quarantaine de tonnes de fuel lourd
(IFO 180) accessible dans les caisses N°14, 15 et 17. Les
hydrocarbures enlevés seront stockés à bord du "NORMA" avant d’être
déchargés dans un centre de retraitement à Zeebrugge.
Pour cette phase des travaux,
" Dronik " utilisera les services de la société
norvégienne " Franck MOHN ". Cette société spécialisée
dans le percement de citernes et le pompage d’hydrocarbures en mer
était déjà intervenue en 2001 sur l’épave du chimiquier
" IEVOLI SUN ". Ce navire avait sombré le 31 octobre 2000
à 11 nautiques (20 km) au Nord-Ouest de l’île Anglo-normande
d’Aurigny.
Les opérations de pompage de ces polluants
seront menées au cours de la seconde phase du chantier.
Pour la cargaison :
Le chantier débutera par des investigations
préalables puis par la libération contrôlée de l’acide phosphorique
contenu dans les 6 cuves du chimiquier restées fermées. Les
" trous d’hommes " des cuves (accès situés sur le pont)
seront progressivement ouverts, suivant ainsi les recommandations
du comité d’experts (*). Cette opération sera réalisée par
l’intermédiaire de ROV (robots sous-marins télé-opérés) qui seront
mis en œuvre depuis le navire spécialisé " NORMA ". Ces
opérations se dérouleront sans plongée humaine et dans une zone où
les courants atteignent 3 nœuds (5,5 km/h).
Le comité scientifique pluridisciplinaire et
international d’experts a en effet étudié le comportement de
l’acide phosphorique transporté par " l’ECE " lors
d’essais concrets et à échelle réduite, en laboratoire, en
particulier dans le canal d’essais du " polludrome " du
CEDRE (*) à Brest.
Dispositif de surveillance et d’alerte
pendant le chantier :
La préfecture maritime diffusera un avis aux
navigateurs pour signaler l’ouverture et la fin du chantier. A la
demande des autorités françaises et britanniques, le " BLUE
CASTOR " sera chargé de relayer cette information nautique
autour du chantier au profit de la navigation commerciale. Ce
navire, doté de capacités de stockage d’hydrocarbures, sera par
ailleurs en mesure de déployer des moyens de lutte antipollution si
nécessaire.
Un représentant du préfet maritime et des
autorités britanniques sera embarqué à bord de la barge
" NORMA " pendant toutes les opérations.
Par ailleurs, la préfecture maritime de la
Manche et de la mer du Nord placera en alerte un dispositif
d’intervention et de dépollution en cas d’incident sur le chantier
du chimiquier. Une surveillance aérienne sera organisée avec des
aéronefs français des Douanes et de la marine nationale ainsi
qu’avec un avion de télédétection britannique. Des prélèvements
seront effectués dans la colonne d’eau pour mesurer la teneur en
acide à proximité de " l’ECE " avant, pendant et après le
chantier.
Le dispositif d’alerte français comprendra :
- le Remorqueur d’Intervention, d’Assistance et de Sauvetage
(RIAS) " Abeille Liberté ", de Cherbourg ;
- un Patrouilleur de Service Public (PSP) de la Marine nationale
basé à Cherbourg ;
- le Bâtiment de Soutien Région (BSR) " Elan " de
la Marine nationale ;
- un Bâtiment de Soutien, d’Assistance et de
Dépollution (BSAD, en alerte à Brest) affrété à l’année par la
Marine nationale.
Enfin, le dispositif d’intervention mis en place
sur le chantier disposera de moyens de liaison et de transmission
vers les centres opérationnels à terre (Centre des Opérations
Maritimes de Cherbourg, Centre Régional Opérationnel de
Surveillance et de Sauvetage de Jobourg).
Fin des travaux de dépollution :
A l’issue des travaux, l’armateur proposera aux
autorités françaises et britanniques un certificat de recette des
travaux effectués sur le chimiquier. Ces autorités se réservent la
possibilité d’effectuer des investigations et des vérifications
complémentaires avant de lever d’une part la mise en demeure qui
pèse sur l’armateur du navire et les propriétaires de la cargaison
et d’autoriser d’autre part la pêche dans la zone.
(*) Ce comité scientifique " international
et pluridisciplinaire " d’experts activé au lendemain du
naufrage de " l’ECE " est constitué, pour la partie
française, d’une équipe du CEDRE, d’un chimiste et biologiste de
l’IFREMER, d’un officier de marine spécialisé dans la lutte
anti-pollution, d’un officier de marine spécialisé dans les
opérations et la logistique, d’un commissaire de la marine
spécialisé dans les aspects juridiques de la protection de
l’environnement, d’un pharmacien du LASEM et pour la partie
britannique d’experts de la Maritime and Coast guard Agency.
C’est sur la base des conclusions de l’étude
scientifique faite par ce comité que le ministère de l’Ecologie et
du Développement Durable (MEDD), le Secrétariat Général de la Mer,
la préfecture maritime de la Manche et de la mer du nord ainsi que
les autorités britanniques en charge du dossier (qui ont associé à
ces démarches les représentants des Iles Anglo-normandes) ont
arrêté les options nécessaires au traitement du chimiquier
" ECE ".
CEDRE : centre de documentation, de
recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des
eaux
CEPPOL : commission d’études pratiques de
lutte antipollution
IFREMER : institut français de recherche
pour l’exploitation de la mer
LASEM : laboratoire d’analyse, de
surveillance et d’expertise de la marine

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